Syndromes traumatiques du viol et de l'inceste

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Ce que nous souhaitons présenter dans ce chapitre est précisément l'impact spécifique du viol incestueux, c'est-à-dire les symptômes et les troubles mentaux qui surviennent plus souvent dans un viol incestueux que dans un viol non-incestueux. En effet, on a vu au chapitre IV que les viols, d'une manière générale, entraînent des séquelles psychopathologiques importantes et diverses.
Nous n'allons donc pas reprendre ce que nous avons déjà présenté ailleurs. Nous avons étudié, sur la cohorte de Tours, les trente-neuf sujets violés dont l'agression avait été commise par une personne de la famille même de la victime. Ces sujets sont donc issus de l'enquête prospective des victimes de viol du Centre Médico-Légal de Tours présentée au chapitre IV. Nous les avons comparées aux soixante-trois victimes d'un viol non-incestueux de la même enquête.
Les victimes d'inceste étaient âgées de treize à vingt-quatre ans au moment de l'entretien. Il s'agissait de trente-six filles et trois garçons. Vingtneuf (74%) étaient des étudiants ou des élèves et les dix autres (26%) travaillaient ou recherchaient un travail. Lors du premier viol qu'elles ont subi, les victimes d'inceste étaient âgées de cinq à dix-neuf ans, et 87% d'entre elles avaient moins de quinze ans. La différence d'âge entre la victime de l'inceste et l'agresseur allait de deux à cinquante-six ans. Elle était de plus de cinq ans dans 90% des cas. L'auteur de l'inceste était le père pour 33% des cas, le beau-père pour 28%, un oncle pour 21% , un frère pour 13%, un grand-père pour 3% et un arrière-grand-père pour 3%. On notera que dans notre étude, 85% des victimes d'inceste (au lieu de 61% des victimes de viol non-incestueux) avaient moins de vingt ans lors de l'enquête (différence significative, p=0.016). Chez les victimes d'inceste, 8% sont des garçons (au lieu de 11% chez les victimes de viol nonincestueux)
; cette différence n'est pas significative. Les deux groupes ne sont pas différents non plus pour ce qui concerne la catégorie socioprofessionnelle du père ; 29% étaient cadres chez les victimes d'inceste (au lieu de 25%), les autres pères appartenant à une catégorie socioprofessionnelle moins élevée.
Pour les victimes d'inceste, les viols ont été plus souvent répétés que chez les victimes de viols non-incestueux (85% au lieu de 39%, p<0.000 01). Ces viols ont été aussi chez les victimes d'inceste plus souvent répétés pendant une période prolongée (plusieurs mois) que chez les victimes de viol nonincestueux (64% au lieu de 13%, p<10-7). Quarante-neuf pour cent des victimes d'inceste (au lieu de 36%, différence Non Significative au risque 5%) avaient été battues en dehors des viols. Pour 46% des victimes d'inceste (au lieu de 63%, NS) il y a eu pendant les viols, outre la violence sexuelle, une violence physique additionnelle (violence exprimée, menace avec une arme ou un objet, menace d'être frappé). Cette proportion confirme ce que nous disions plus haut, à savoir que l'inceste survient souvent sans violence physique surajoutée.

 

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