Le respect commence en famille

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« En matière de prévention, les conseils généraux n'ont de valeur que si, dans sa famille, l'enfant se sent propriétaire de son corps, explique le psychanalyste Gérard Sévérin. L'abus sur l'enfant commence en famille lorsqu'il est traité comme un objet. »Câlins forcés, obligation d'embrasser tel ou tel membre de la famille sans tenir compte de son déplaisir, non-respect de sa pudeur... Ce sont là mille petits détails qui accoutument l'enfant à se vivre comme un objet et non comme un sujet. Une fois encore, il ne s'agit pas de verser dans l'extrême en s'interdisant les câlins avec son petit, mais de garder à l'esprit que l'enfant est une personne dont les parents ne peuvent pas disposer à loisir. Dans son ouvrage, “Te laisse pas faire !” , la sexologue et pédagogue Jocelyne Robert enfonce le clou : « Pour que l'enfant soit capable de reconnaître une situation d'exploitation sexuelle et de s'en défendre, il doit avoir été aidé et encouragé à faire respecter son corps et son intimité. Le tout-petit doit être rapidement conscient de lui-même, de ses droits et de sa capacité à dire non. » Or, si le « non » de l'enfant n'est pas encouragé et respecté chez lui, comment pourrait-il le brandir face à un adulte abuseur tout-puissant ? 
C'est lorsque l'enfant fait l'expérience de sujet respecté dans ses émotions, ses désirs, lorsque les limites et les interdits sont clairement posés dans la famille, qu'il est le mieux protégé. Et l'un des premiers garde-fous structurant pour l'enfant est l'énonciation de l'interdit de l'inceste. Quand, vers 4-5 ans, à l'entrée dans l'œdipe, il dit son désir pour son parent, il suffit de lui dire clairement que l'on n'épouse ni son père ni sa mère, que le lit parental n'appartient qu'aux parents et que les jeux amoureux se déroulent hors liens familiaux. 
 Editions de l'Homme, 2001  Les mots pour le dire
Il est essentiel que l'enfant ait été informé sur la sexualité avant d'entamer les discussions de sensibilisation au danger.

fbi-logo-large.jpgUne brochure du FBI , largement diffusée aux Etats-Unis, intitulée « La Victime idéale », pointe l'enfant sexuellement inculte comme une proie toute désignée. 
Pour le psychanalyste et thérapeute familial, Alberto Eiguer , l'éducation sexuelle est la clé de la prévention. « Elle permet de répondre à la curiosité des enfants de manière sécurisée. C'est primordial dans le cadre d'une approche préventive, car de nombreux pédophiles jouent sur une curiosité sexuelle laissée en friche dans les familles. » 
La clarté sur les informations sexuelles implique également que les notions d'amour et de sexualité soient différenciées. Si les deux sont présentées conjointement, comment l'enfant pourrait-il reconnaître une agression sexuelle commise par une personne connue et aimée, et s'en défendre ? Dans le cadre de l'information, il est nécessaire de procéder par paliers : commencer par rappeler que les relations sexuelles entre adultes et mineurs sont interdites et sanctionnées par la loi, puis définir la nature exacte de l'abus sexuel, en précisant que cette agression peut se commettre sans brutalité au cours de jeux ou de câlins qui dérapent. Dans « Te laisse pas faire ! », Jocelyne Robert préconise une approche très pragmatique. « Un abus sexuel, c'est quand un grand veut te montrer ou te montre son sexe et réciproquement, quand il t'invite à toucher ou à embrasser son pénis ou sa vulve, ou bien quand il se colle à toi d'une manière qui t'embarrasse. » 
« On peut leur dire également que les grandes personnes ont la fâcheuse habitude d'oublier que la pédophilie existe et qu'elle est banalement répandue, conseille Martine Nisse. Ceci permet aux enfants de ne pas se sentir coupables d'une éventuelle agression et de pouvoir en parler. » Car l'éventuel silence des enfants est également une source d'angoisse pour les parents.
Les enfants se taisent parce qu'ils veulent protéger leur famille ou parce qu'ils se sentent honteux. Mais trop souvent, l'enfant dit et n'est pas entendu. « Les enfants m'expliquent qu'ils ont voulu donner des indices, poursuit Martine Nisse. En disant par exemple : “Je ne veux pas aller chez Untel” ou “Je ne veux pas l'embrasser”... De petites choses auxquelles les adultes devraient faire plus attention. » Sans verser dans les interrogatoires inquisiteurs, il est souhaitable de ne jamais laisser en suspens ces phrases. 
Auteur Des perversions sexuelles aux perversions morales (Odile Jacob, 2001). 


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