Psychanalyses Transgénérationnelles CHAPITRE 3

.L'inceste de l'oncle maternel

                                Evelyne et ses incestes

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Assise dans le fauteuil d'un cabinet ,Evelyne laisse passer un long moment de silence , le regard fixé vers le sol . La cinquantaine passée, jolie femme un peu fatiguée par la vie et ses tourments ,elle ne cesse de diriger ses grands yeux cernés sur le bas de la porte du bureau,dans une sorte d'hallucination physique et temporelle ; elle semble revivre les douleurs de son passé avec la même intensité .

  ( Fermez les yeux un instant ,pour vous transporter dans le silence et le passé d'une  Victime d'Inceste )

Qu'elle est sa plus grande blessure ? celle qu'elle a subie dans son corps ou ,bien plus , l'image de la chambre ouverte sur un silence dévastateur ? D'un ton monocorde ,elle reprend l'histoire d'une enfance brisée : " Pendant que mon oncle "s'occupait de nous " , la porte de la chambre de sa mère n'était pas fermée ,maman dormait . Plusieurs fois par semaine ,il entrait dans notre chambre et faisait " son affaire" . Avec ma soeur ,nous avions à un certain moment organisé un tour de garde . Quand il arrivait dans la pièce , l'une restait tandis que l'autre se cachait sous le lit. Notre père travaillait beaucoup , il rentrait tard , puis il se disputait tout le temps avec sa mère, il a décidé de ne plus rentrer. il nous a dit après ,que c'était pour nous protéger des disputes . Le frère de maman était toujours là.Quand il a commencé ,j'avais 8 ans et ma soeur 6 ans. Celà s'est arrêté quand j'en avait 13,au départ de maman,quand mon père nous a récupérées . Parfois mon oncle s'occupait de ma soeur,dont j'entendait les gémissements en attendant mon tour .Il pratiquait des pénétrations avec les mains ,enfin je veux dire avec les doigts mais avec les mains aussi,il pouvait y metre...." . Elle se tait et montre le poing . Les opérations incessantes à l'anus qu'elle subit témoigne ce cette violence inscrite dans son corps .

 

 



 

Un inceste sans acte sexuel : L'incestuel

 

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Evelyne est divorcée ,seule à la maison avec sa fille de neuf ans. Elle est inquiète : de retour du week-end passé chez son père, sa fille déclare avoir couché avec lui : ils ont effectivement dormi dans le même lit , un soir ou la famille en visite d occupé tous les autres lits . Cependant ,rien de sexuel ,de physique ,ce qu'elle confirme . Il se trouve que dans la famille d'Evelyne ,dormir avec les enfants est une pratique courante .Personne n'y voit à mal puisqu'" on ne se touche pas ", elle a une confiance  totale en son mari, elle sait qu'il ne ferrait rien . Je ( Evelyne ) n'a pas subi ce j'ai  subi  pour le faire subir à ma fille . Pour tout vous dire ,ces histoire avec mon oncle ,je ne les ai confiées qu'à mon mari ,puis à un psychiatre une fois, mais il ne me parlait pas. Il était trop silencieux .je n'en aie jamais parlé à mon enfant ." Evelyne a du mal à évoquer avec sa fille ce qu'elle cache avec honte comme s'il y avait équivalence entre le mot et la chose .Dire serait revivre . Difficile pour elle de comprendre que les mots peuvent délivrer ,sauvegarder,alors inconciemment et consciemment aussi elle est convaincue que le silence protège . "Avoir couché avec son père" évoque tout autre chose qu'un inceste éventuel avec celui-ci .Dans sa famille,dans les relations telles qu'elles sont vécues ,on reste " incestueusement " ensemble entre parent et enfant , on ne se sépare pas . En fait ,cette famille est totalement immergée dans ce l'on appelle " l'incestuel ". ce terme,du psychiatre et psychanalyste Paul-Claude Racamier 1 ,désigne toutes sortes d'incestes sans passage à l'acte . Ce sont des incestes non consommés ,mais  amsi des conséquences toute aussi grave que ceux commis physiquement .Une femme de 30 ans qui avait été reçu  en cabinet dormait dans le même lit que sa mère ,ne faisant que répéter ce qui s'était passé une génération plus tôt : sa mère ,quand elle était jeune, couchait déjà avec sa propre mère .Toutes ces femmes dormaient ensemble ,sans homme à la maison , sans qu'elles y voient à mal puisque ,là encore " on ne se touchait pas" .Cependant, aucune d'elles ne pouvait vivre avec un homme ,car leur relation incestueuse psychique inconsciente mère-fille se  substituait à celle qu'elles auraient pu avoir avec un compagnon ou un mari .

 

1 /Paul-Claude Racamier ,l'inceste et l'incestuel (1995 ) Paris , Dunod, 2011

 

Répétition de l'inceste à la génération suivante

Evelyne vas tenter de comprendre ce qui s'est passé aux générations précédentes .Ainsi, elle fait le lien entre l'inceste qu'elle et sa soeur ont subi avec le fait que sa propre mère a elle -même été violée adolescente par son propre père et ce ,sous l'oeil complice et déjà silencieux de son épouse ! Elle connaissait l'événement ,mais elle réalise à présent que sa mère n'a fait que rejouer inconciemment pour ses filles l'inceste qu'elle avait déjà vécu dans son enfance .2014 11 15 214525Elle a moins de rancune envers sa génitrice; il s'agit donc d'une répétition ; peu à peu, elle va mettre du sens sur ce qu'il lui est arrivé . En plus de l'abus de leur oncle , Evelyne et sa soeur ont eu à subir la violence de leur mère , qui les battaient fréquemment et exclusivement dans la baignoire, nues . Cette scène évoque un fantasme homosexuel de la mère envers ses filles ,premier enjeu invisible de l'inceste qu'elles ont vécu avec leur oncle : si la porte de la chambre de leur mère était ouverte pendant les actes,c'était pour que ,inconsciemment , celle-ci participe à la scène sexuelle avec ses filles par son frère interposé .En les battant nues ,elle les touchait ,donc réalisait son fantasme incestueux inconscient . Paradoxalement les coups qu'elle donnaient aussi de ne pas assouvir ce fantasme ,de s'en protéger . Elle les battait donc pour les toucher ,mais aussi pour ne pas les toucher ,du moins pour ne pas le faire d'une façon plus nettement sexuelle . Une génération auparavant ,la grand-mère d'Evelyne ,complice de l'inceste de son mari sur sa fille ,avait inauguré ce mode de relation incestueuse mère-fille,encore une fois par procuration. Cette relation incestuelle fantasmatique mère-fille explique souvent la complicité inconscient de certaines mères dans l'inceste subi par leurs filles .Evelyne veut alors comprendre le pourquoi ,l'origine de tous ces incestes entre mère et fille ,par mari ou frère interposé ,sur plusieurs générations .

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Quand les femmes font des enfants entre elles

Depuis son arbre généalogique ,Evelyne découvre alors que sa grand-mère et ses deux soeurs avaient perdu leur père précocement ,l'ainée était agée de 5 ans .Leur mère ne s'était jamais remariée .Mère et filles , avaient vécu ensemble sans homme Jusqu'à la majorité de celles-ci , et bien au delà pour l'une d'entre elles ,la cadette qui s'était dévouée , pour sa mère jusqu'à la fin de sa vie .La grand-mère d'Evelyne ,la plus jeune des soeurs n'avait donc , dans sa petite enfance ,jamais eu de père à la maison : elle était âgée de 1 an à la mort de celui çi. Ce décès avait laissé la mère et ses filles entre elles induisant une sorte de repli généralisé sur un noyau familial uniquement féminin .Sa grand -mère avait traversé la petite enfance sans représentation d'hommes à la maison .Evelyne saisit qu'elle même perpétue ce schéma "incestueux" entre mère et fille .N'habitant pas avec son compagnon,elle dors presque toutes les nuits avec sa fille de 9 ans,sous pretexte que celle-ci a peur . 9 ans est l'âge du débu des abus qu'elle a subis .Elle se rend compte,dans son travail analytique ,qu'en réalité sa fille répond à sa propre demande inconsciente :que celle-ci puisse remplacer aurpès d'elle le mari manquant ,à l'image de ce qu'il s'était passé 3 générations auparavant entre l'arrière grand -mère et ses filles à la mort de leur père. Peu à peu Evelyne quite ce mode de fonctionnement incestuel. En premier lieu, elle décide de ne plus dormir avec sa fille .Comme elle avait tendance jusque làà exclure son homme de la maison , croyant protéger ainsi son enfant,elle décide de lui faire plus de place dans sa vie . Elle choisit ainsi de rompre avec cette chaîne incestuelle de mère en fille articulée  sur une représentation trangénérationnelle : les femmes font des enfants entre elles . La " mort du père ",l'arrière grand -père d'Evelyne, et le deuil impossible de sa femme avaient constitué une véritable catastrophe à l'origine des incestes et des conduites incestuelles de chaque génération suivante .Ainsi, ce type d'organisation familial montre que ,la plupart  du temps , ce qui se joue à la base de l'inceste n'est pas d'ordre sexuel . Paul-Claude racamier, écrivait " Rien de plus libidinal que l'inceste . " 

 

Derrière l'inceste : la question de la mort

C'est en réalité bien plus la question de l'angoisse de la mort et du deuil impossible qui est sous-jacente à celle de l'inceste . Si un père ,par exemple, à des rapports sexuels avec sa fille, il en fait alors sa femme ,elle n'est donc plus sa fille . Si il n'en est plus le père , il est plus mortel puisque avoir un enfant c'est accepter qu'une génération sous succède et c'est se préparer symboliquement à mourir .L'inceste provoque  un écrasement des générations . Au-delà des traumatismes sous-jacents ,il est avant tout une tentative de réassurer et d'assurer illusoirement vie au parent face à son angoisse de mort .Il s'agit d'un retour en arrière . L'enfant incesté est arrêté dans la marche en avant qui caractérise la vie : il est condamné à alimenter énergiquement et sexuellement son parent, placé dans une inversion du cours des choses : naturellement ,ce sont les parents qui donnent et garantissent vie à leurs enfants .Face à cette béance que représente la mort ,question fondamentale pour l'être humain ,les familles , tout comme les individus , peuvent à certains moments traumatiques amorcer un repli sur elles-mêmes ,comme une garantie de survie ,dans une sorte de mouvement de fermeture vers l'intérieur . Conception incestuelle dans laquelle pour rester en vie , pour pouvoir même se développer et avancer , il faut " rester entre nous ". La crainte de la perte est toujours à l'origine des conduites incestuelles: il en est de même quand les membres de certaines familles se marient entre eux pour conserver des biens . Dans ce genre d'organisation familiale comme celle d'Evelyne ,ce qui est fustigé ,la violence et les abus perpétués par les hommes,permet de laisser dans l'ombre les enjeux réels : ici ,la relation incestueuse entre mères et filles ,faisant suite à un traumatisme familial : la mort d'un père .Comprenant alors que le calvaire qu'elle a subi enfant n'est que la répétition de ce qu'on vécu les femmes des générationsavant elle , Evelyne s'apaise , même si la mémoire de son esprit  et de son corps reste très douloureuse . Elle comprend , mets des mots non seulement sur son enfance , mais aussi sur celle de sa mère ,sa grand -mère et son arrière grand-mère . Elle se décide à informer son enfant de l'inceste commis par son oncle ,et loin d'être traumatisé par la nouvelle ,celle-ci semble apaisé .

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Les mots ,comme des anges,sont le meilleur remède contre les fantômes de l'inceste.

 

Pour lire la suite allez sur ce lien chapitre 4 : http://sosfamillendanger.e-monsite.com/pages/psychogenealogiste/psychanalyses-transgenerationnelles-chapitre-4.html

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Commentaires (1)

1. M@rielle 21/02/2016

Je suis profondément choquée par ce schéma.
Dans ma famille côté mère, on a toujours dormi ensemble frère/soeurs cousins/cousines, malheureusement aussi il y a eu aussi des attouchements incestueux entre cousins. Je retrouve aussi l'absence de pères chez les enfants nés de père inconnu...les filles restées célibataires près des mères vamprires...bouleversant tout ceci, ce climat incestuel qui n'a jamais existé côté paternel...et ce que je reproduis avec ma fille qui fait de fréquents cauchemards et vient dormir avec moi. Suis choquée.
Finalement, tout ceci est inconscient et nous dépasse car se mettant en place sans que nous nous en rendions compte.

"Tout ce qui ne vient pas à notre conscience nous revient sous forme de destin" disait Jung, c'est exact.

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